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RPS - (23 %) déclarent encore avoir été victimes de discrimination(s) ou de harcèlement

Le lieu de travail serait-il un environnement hostile ? Le 13e Baromètre de la perception des discriminations dans l'emploi* n'a, en tout cas, rien de réjouissant.


Le phénomène est tenace ! Selon le 13e Baromètre* publié le 1er décembre dernier par le Défenseur des droits et l'Organisation internationale du Travail (OIT), près d'un quart des personnes actives en France (23 %) déclarent encore avoir été victimes de discrimination(s) ou de harcèlement discriminatoire au travail.

Les principales raisons invoquées sont l'apparence physique (40 %), le sexe (40 %) ou l'état de santé (30 %). Si ce chiffre est en baisse de 7 points par rapport à 2013, la proportion de personnes déclarant avoir été témoins de ce type d'agissements – principalement fondés sur l’apparence physique, le sexe et l’origine ethnique – dans le cadre de leurs activités professionnelles atteint 42 %, soit 8 points de plus qu'en 2012.


Préjugés et stéréotypes

Les attitudes hostiles au travail se manifestent sous différentes formes : depuis les préjugés et stéréotypes assignant aux individus une identité sociale dévalorisée jusqu’aux discriminations, en passant par les propos et comportements stigmatisants.


Mais ce baromètre pointe surtout un « phénomène massif » de dévalorisation au travail : près de quatre sondés sur cinq disent avoir déjà connu une telle situation au cours de leur vie professionnelle. Plus inquiétant, 13 % déclarent avoir été victimes de l'ensemble des situations suivantes : dévalorisation injuste du travail ; sous-estimation des compétences ; attribution de tâches inutiles, ingrates ou dévalorisantes ; pression pour en faire plus ; volonté d’isoler, de « placardiser » ou de faire démissionner ; tentative d’humilier ou de ridiculiser ; empêchement d’exercer correctement son travail ou de s’exprimer ; sabotage du travail.


Perte de confiance en soi

La sous-estimation des compétences et la dévalorisation injuste du travail touchent plus d’une personne active sur deux : 61 % des femmes contre 53 % des hommes. Ces derniers apparaissent davantage confrontés à des pressions laissant entendre qu’ils devraient en faire plus pour que leur travail soit reconnu. En outre, quatre personnes actives sur dix affirment avoir été victimes d’au moins un propos ou comportement stigmatisant (quel qu'en soit le fondement) et 24 % de la population ayant rapporté une attitude hostile, déclarent avoir été confrontés cumulativement à des discriminations, des propos et comportements sexistes, racistes, homophobes, liés à la religion, handiphobes ou à l’état de santé et des formes de dévalorisation au travail.

Trois groupes sociaux apparaissent particulièrement exposés dans la sphère professionnelle : les femmes en situation de handicap (68 %), les femmes de moins de 50 ans perçues comme non blanches (69 %) et les hommes homosexuels ou bisexuels (70 %).

Démissions et licenciements

Le problème est que « l’expérience répétée des discriminations, leur caractère systémique et leur imbrication avec d’autres formes d’attitudes hostiles au travail ont des effets délétères et durables sur les parcours individuels », observent le Défenseur des droits et l’OIT et 2galement le Réseau Bienveillance au Travail (RBT)

Dans près d'un cas sur deux (46 %), ces situations ont eu des conséquences sur l'emploi. 48 % des victimes ont ainsi pris des mesures pour se protéger à la suite des faits : 31 % disent avoir démissionné ou négocié un licenciement, 19 % ont changé de service à leur demande. Seules 18 % ont obtenu une réparation.

La majorité ont subi des répercussions négatives sur leur carrière : 19% ont été licenciées ou n'ont pas vu leur contrat renouvelé après les faits, 14 % ont reçu un avertissement, un blâme ou bien ont été mutées. Dans 9 % des cas seulement, l’auteur des faits a été sanctionné, muté ou licencié.

Séquelles psychologiques

Des effets sur la vie professionnelles qui peuvent se conjuguer avec des séquelles émotionnelles, psychologiques et physiques. De fait, 38 % des victimes de discrimination disent n’avoir plus envie ou avoir peur d’aller travailler ; 29 % déclarent souffrir de pertes de mémoire ou avoir du mal à se concentrer. Un cercle vicieux, puisque ces séquelles peuvent entraîner de l’autocensure et se traduire par un refus de répondre à des offres d’emploi correspondant pourtant aux compétences de la personne en question.

Une bonne nouvelle toutefois : depuis 2012, la part des victimes de discrimination(s) ayant décidé d'entreprendre des démarches à la suite des faits a augmenté de 19 %. Une riposte qui concerne désormais les trois quarts de cette population, et qui passe d'abord par le dialogue avec la direction (53 % des cas) et l'entremise des représentants du personnel ou d'un syndicat (38 %).

Si moins d’un tiers a contacté l’Inspection du travail, le recours à un avocat et l’engagement de procédures contentieuses, pratiques marginales en 2013, ont sensiblement augmenté. De quoi inciter les employeurs à se saisir du problème et se renseigner auprès du Réseau Bienveillance au Travail ?


*13e Baromètre de la perception des discriminations dans l'emploi(link is external) : enquête BVA conduite par téléphone du 6 février au 14 mai 2020 auprès de deux échantillons représentatifs de la population des actifs du secteur privé (590 salariés) et des agents de la fonction publique (500 agents).


Une fiche pratique pour les employeurs

Blagues, plaisanteries, propos déplacés, incivilités, brimades, mise à l’écart du collectif, reproches sans lien avec le travail effectué, fixation d’objectifs irréalisables... Le harcèlement discriminatoire se définit comme « tout agissement lié à [un motif prohibé], subi par une personne et ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant » (article 1 de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations). RBt tient à disposition une fiche pratique à destination des employeurs.


Contactez-nous : alerterbt@gmail.com




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